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Site de rencontre libertin : faites-vous chouchouté

25 avril 2017site-rencontre-libertin

Bienvenue dans l’ère du « Polygaming » : Ce que le libertinage 2.0 révèle de nous

La fin des tabous et le miroir de nos écrans

Longtemps, l’image du libertinage est restée confinée à l’imaginaire sulfureux des clubs échangistes discrets, nichés dans des arrière-salles tamisées ou des villas closes. Aujourd’hui, cette pratique marginale a opéré une mutation profonde. Sous l’impulsion des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), elle s’est transformée en un véritable « loisir récréatif » de masse. Nos smartphones sont devenus les nouveaux miroirs d’une quête d’intimité plurielle, marquant le passage d’une pratique clandestine à une consommation numérique assumée.

Véritable « Facebook du sexe », des plateformes comme Wyylde transforment l’alcôve en une immense salle de bal numérique. Comment Internet a-t-il pu ainsi normaliser et industrialiser ce qui relevait autrefois de l’interdit, faisant passer le marivaudage de l’artisanat à l’industrie ?

Le paradoxe du couple : Un socle solide pour des pratiques fluides

Contrairement aux idées reçues qui voient dans le libertinage les prémisses d’une rupture, les recherches en androsexologie et sexologie médicale du Dr Martin Teboul dressent un constat inverse. Le libertinage contemporain est majoritairement le fait de couples stables, amoureux et durables. Pour ces partenaires, il ne s’agit pas de fuir la relation, mais de l’utiliser comme un laboratoire pour la « diversification du répertoire sexuel ».

Le libertinage agit alors comme un moyen de « revigorer » le lien conjugal en y introduisant de la nouveauté sans briser l’engagement initial. Comme le souligne le sociologue Daniel Welzer-Lang :

« Les discours et pratiques dans l’échangisme nous renvoient à nos manières de vivre nos sexualités, à nos plaisirs, nos jouissances, nos frustrations, nos souffrances, mais au-delà, ils parlent de notre rapport au monde. »

L’étymologie oubliée : Du libre-penseur au « débauché »

Pour décrypter le libertinage actuel, il faut remonter à la racine du mot. Issu du latin libertinus (l’affranchi), le terme désigne au XVIe siècle une liberté de pensée face aux dogmes religieux. Mais c’est au XVIIe siècle que le libertinisme acquiert sa dimension la plus noble : il est alors intellectuel et scientifique. Porté par les cercles de l’érudition (comme les « Dupuy » à Paris) ou des figures comme Cyrano de Bergerac, il revendique une autonomie morale et une rationalité face à l’autorité ecclésiastique.

C’est seulement au XVIIIe siècle que s’opère l’amalgame sémantique entre cette libre-pensée et l’immoralité de mœurs. Le philosophe critique devient alors, dans l’esprit populaire, un « débauché ». Pourtant, cette dimension de résistance aux normes persiste. Les plateformes modernes se présentent souvent comme des espaces de contestation des principes puritains, prolongeant, par le corps, cette tradition de l’affranchissement des conventions sociales.

Le « Polygaming » ou le marivaudage numériquement assisté

Le sociologue Pascal Lardellier a théorisé cette mutation sous le concept de « Polygaming ». Grâce à un « effet d’aubaine » technologique, la séduction est rationalisée : utilisation de « fiches perso » détaillées, recours massif au « copier-coller » et gestion simultanée de multiples prétendants. Nous ne sommes plus dans la rencontre fortuite, mais dans une performance quantitative.

L’ampleur de cette industrie est vertigineuse : Wyylde enregistre plus de 11 millions de visites mensuelles, avec des pics à 35 000 membres connectés en simultané. Ce dispositif permet un « donjuanisme numérique » où l’économie des rapports repose sur trois piliers :

  • Économie de temps : Accès instantané à un bassin de célibataires et de couples immense.
  • Économie d’argent : Réduction des coûts logistiques liés à la drague traditionnelle « IRL » (In Real Life).
  • Économie émotionnelle : L’écran sert d’hygiaphone relationnel. Il agit comme une barrière protectrice qui atténue la blessure narcissique du rejet, permettant de gérer la précarité des liens avec un certain détachement.

Les nuances du libertinage : De la technique à la pratique

Le libertinage 2.0 se décline en une grammaire précise que l’expert doit savoir distinguer. Le mélangisme, particulièrement prisé, se définit comme une sexualité de groupe excluant la pénétration avec des partenaires hors couple. Cette pratique s’est largement imposée dans l’ère post-SIDA comme une stratégie de prévention et de santé, tout en permettant de préserver l’exclusivité symbolique de l’acte pénétratif au sein du couple.

À l’inverse, le candaulisme repose sur le fantasme d’un partenaire (généralement l’homme) qui « offre » sa compagne à d’autres pour le plaisir de la voir désirée et possédée. On note enfin le côte-à-côtisme, où les couples partagent un espace de plaisir commun sans interaction physique directe avec les tiers. Cette diversité témoigne d’une volonté de moduler l’ouverture sexuelle selon des codes de sécurité émotionnelle très précis.

Le marché de l’amour : Quand le libéralisme s’invite sous la couette

L’intimité est entrée dans l’ère de la consommation de masse. Des interfaces comme AdopteUnMec illustrent cette marchandisation où l’individu devient un produit dans un « supermarché virtuel », avec ses options et ses promos. Cette évolution impose un impératif de rendement : le profil doit être « vendeur » et « impactant », transformant la rencontre en une transaction libérale.

Toutefois, cette parité numérique est en partie illusoire. Une disparité réelle subsiste sous le vernis de la modernité. Tandis que les hommes cherchent souvent à garnir leurs « tableaux de chasse », les femmes, bien que revendiquant leur droit au plaisir, s’exposent encore au risque d’être étiquetées « croqueuses d’hommes ». Dans cette compétition libérale, l’égalité des droits ne gomme pas toujours la persistance des stéréotypes de genre.

Vers une « relation liquide » ou un nouveau romantisme ?

Le libertinage numérique marque le passage définitif de la monogamie traditionnelle au paradigme de la flexibilité. En écho aux thèses de Zygmunt Bauman sur la « modernité liquide », nous assistons à l’émergence d’un engagement désengagé. Les praticiens gèrent une précarité relationnelle qu’ils ont eux-mêmes manufacturée, préférant souvent « aimer en CDD » plutôt que de s’enchaîner à un « couple CDI ».

Pourtant, derrière ce cynisme technologique et cette industrialisation des corps, l’aspiration à une connexion authentique ne s’éteint pas. Paradoxalement, l’accumulation des expériences numériques finit souvent par ramener l’individu vers une quête de stabilité.

Question de réflexion : Dans un monde où tout s’échange et se consomme en un clic, le plus grand défi libertin n’est-il pas, finalement, de réussir à construire une histoire qui dure au-delà de la performance ?

Un petit coup d'oeil ici

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