Graphiose de l’orme

Des raisons d’espérer

En 20 ans l’orme qui représentait un quart du volume de bois de nos haies n’en représente aujourd’hui que 5%.

Le responsable de cette catastrophe ? un champignon microscopique (Ophiostoma novo-ulmi) qui émet une toxine. L’arbre réagit en cloisonnant l’intrus se privant par la même de sève. Imparable !

Les branches brunissent et l’arbre meurt en moins de 2 ans. Immobile le champignon utilise un vecteur pour contaminer les arbres.

Il s’agit de 2 coléoptères inféodés aux ormes : le petit et le grand scolyte (Scolytus multistratius et S. scolytus). Ils repèrent des ormes dont ils mordent les jeunes pousses inoculant ainsi le champignon. Début d’été les ormes ainsi affaiblis attirent les femelles qui creusent des galeries sous l’écorce afin d’abriter leurs larves avant l’hiver. Tout est prêt pour une nouvell attaque au printemps suivant.

Faut-il parler de catastrophe écologique. Certainement .Etait-ce évitable ? Pas sûr. Mais elle a le mérite de rappeler que dans le domaine du vivant les principes de précaution et de vigilance doivent être la règle absolue. Imaginez qu’un champignon s’attaque demain à nos chênes !

Entre cette fiction et la réalité il n’y a qu’un pas . Un tel champignon existe déjà aux USA.

Le traitement idéal , efficace , peu coûteux et écologique n’a pas été trouvé.

En l’absence d’orme autochtone ou exotique tolérant , la recherche s’est dirigée vers la mise au point d’hybrides résistants.

Deux hybrides résistants très asiatiques

Les deux variétés commercialisées en France sont Ulmus resista “Sapporo Gold II et New Horizon.

Hybrides de 2 espèces asiatiques (Ulmus pumila et U. japonica) , le premier fut trouvé au jardin botanique de Sapporo au japon , le second est disponible depuis 2 ans . Leur origine asiatique n’est pas très satisfaisante et soulève des questions d’adaptation au milieu.

Nouvel espoir avec “Lutèce” hybride selectionné par l’INRA. Issu d’orme de montagne et champêtre il est très proche de nos ormes.

Seule une petite proportion d’ADN issu d’ormes de l’Himalaya lui apporte

davantage de tolérance à la graphiose.

Orme à tout faire

Son bois imputrecible, dur mais élastique fut tout d'abord utilisé en menuiserie, puis en marqueterie. Résistant à la séheresse, à l’humidité, et au sel des embruns l’orme produit du bois de feu en toute région. Ses feuilles sont depuis les débuts de l’élevage fort appréciées par le bétail.

Durant l’antiquité c’est même un arbre sacré : ces fruits ailés accompagnent l’âme des morts. Largement favorisé à l’époque romaine il tient la même place que le chêne dans la culture nordique. Il servait même de tuteur aux hautains de vigne . Planté abondamment sous Henri II le long des routes pour compenser les grands défrichements du Moyen-âge, il embellit et ombrage nos parcs et avenues.

Histoire récente d’une saga épidémique

Curieusement il y a 5000 ans l’orme a totalemnt disparu de nos paysages comme l’atteste l’analyse du pollen des sédiments. S’agit-il d’une maladie comparable à la graphiose ? Les scientifiques débattent de cette hypothèse et de bien d’autres ...

Plus près de nous, la graphiose se manifeste surtout en Hollande en 1916. Virulente mais sans trop, la maladie hollandaise épargne 80% de nos ormes . Elle touche l’Angleterre en 1927 avant de faire parler d’elle aux USA. Elle arrive à Cleveland en 1930 dans une scierie à la faveur d’un chargement en provenance ... du Havre! Bilan 75 millions d’ormes américains éradiqués.

Tout ne s’arrête pas là : Notre champignon (Ophiostoma ulmi) se serait vraisemblablement hybridé avec son cousin américain donnant naissance au terrible Opiostoma novo-ulmi. Retour à l’envoyeur : ce dernier débarque à la fin des années 60 dans un port de Grande Bretagne, toujours par le transport des grumes. Signalée en 1971 dans l’Ile de France la graphiose essaime dans tout le pays en 10 petites années! Elle s’étend comme une trainée de poudre sur le continent européen. Seuls la Scandinavie et le nord de la Russie sont aujourd’hui épargnés.

Claude Julien
claude.julien@club-internet.fr

Références bibliographiques “La lettre du bocage”

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